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Comment savoir si mon chien a des vers ?

Mis à jour le 28 juillet 2026· 10 min· sources vétérinaires citées

Chiot beige couché sur le dos sur un tapis clair, le ventre bien visible

Vous ramassez les crottes de votre chien depuis des mois et vous n'avez jamais rien vu. Faut-il en conclure qu'il n'a pas de vers ? Non, et c'est probablement l'idée fausse la plus répandue sur le sujet. La plupart des chiens parasités ont des selles d'apparence parfaitement normale — les œufs, eux, sont microscopiques. Il y a plus embêtant : chez le chien, contrairement au chat, le principal ver rond se transmet de la mère aux chiots à travers le placenta, avant même la naissance. Presque tous les chiots naissent donc déjà porteurs. Voilà pourquoi ce sujet mérite mieux qu'un cachet donné au hasard une fois par an.

1. Les signes qui doivent vous faire penser aux vers

Chez le chiot, le tableau est assez parlant : un ventre rond et tendu qui contraste avec une carcasse maigre, un poil terne et piqué, une croissance qui traîne, des selles molles alternant avec des épisodes de diarrhée, parfois des vomissements où l'on retrouve des vers entiers. Un chiot infesté peut aussi tousser, car les larves d'ascaris migrent par les poumons avant de rejoindre l'intestin.

Chez l'adulte, c'est beaucoup plus discret. Un chien qui maigrit alors qu'il mange normalement, des selles irrégulières, un pelage qui perd son éclat, une fatigue inhabituelle : ces signes sont réels mais peu spécifiques, et une forte infestation peut aussi passer totalement inaperçue. À l'inverse, un chien qui se frotte le derrière par terre ne le fait pas à cause des vers dans la grande majorité des cas : le vrai coupable habituel, ce sont les glandes anales.

Retenez le principe : des selles normales ne prouvent rien du tout. La seule façon d'avoir une réponse fiable est la coproscopie, un examen de selles au microscope réalisé par le vétérinaire, idéalement sur trois jours de prélèvement — les vers n'émettent pas d'œufs en continu.

2. Spaghettis ou grains de riz ? Reconnaître ce que vous voyez

Quand des vers sont visibles, leur aspect oriente immédiatement. Des filaments blancs ou beiges de 5 à 18 centimètres, ronds, qui ressemblent à des spaghettis et bougent encore : ce sont des ascaris, Toxocara canis. On les retrouve dans les selles ou les vomissements, surtout chez le chiot.

De petits segments blancs plats, de la taille d'un grain de riz, collés autour de l'anus ou sur le panier, qui sèchent en prenant l'aspect de graines de sésame : ce sont des anneaux de ténia, le plus souvent Dipylidium caninum. Et ici, un détail change tout dans la prise en charge : ce ténia se transmet par les puces. Le chien avale une puce en se mordillant, et le cycle se boucle. Un vermifuge administré sans traiter les puces du chien et de l'environnement condamne à une récidive quasi certaine.

D'autres parasites ne se voient jamais, tout simplement parce qu'ils sont trop petits ou vivent trop haut dans le tube digestif — ankylostomes, trichures, et surtout l'échinocoque dont il sera question plus bas. C'est encore la coproscopie qui les débusque.

3. Pourquoi un chiot naît déjà parasité

C'est la particularité canine qu'il faut avoir en tête. Chez la chienne, des larves de Toxocara canis restent enkystées dans les tissus, parfois depuis des années, sans provoquer le moindre symptôme. La gestation les réveille : à partir du quarantième jour environ, elles reprennent leur migration et traversent le placenta pour rejoindre les chiots. D'autres passent ensuite par le lait.

Conséquence : pratiquement tous les chiots sont infestés dès la naissance ou dans les premiers jours, y compris ceux d'une mère parfaitement vermifugée avant la saillie — le traitement classique n'atteint pas les larves enkystées. Chez le chat, ce passage placentaire n'existe pas, ce qui explique que le calendrier de vermifugation du chaton démarre un peu plus tard.

C'est pour cette raison que les recommandations européennes ESCCAP font commencer la vermifugation du chiot à 2 semaines de vie, puis toutes les 2 semaines jusqu'à deux semaines après le sevrage, et enfin une fois par mois jusqu'à l'âge de 6 mois. Ce n'est pas de la surenchère commerciale : c'est calé sur le cycle du parasite, qui met environ deux à trois semaines à produire des œufs. Vermifuger plus espacé revient à laisser le chiot contaminer son environnement entre deux traitements.

4. À quelle fréquence vermifuger un chien adulte ?

La réponse dépend de son mode de vie, et l'approche moderne raisonne par niveau de risque plutôt qu'en appliquant la même règle à tous. À un extrême, le chien qui vit en appartement, se promène en laisse en ville, ne chasse rien et ne côtoie ni enfant en bas âge ni personne immunodéprimée : une à deux fois par an peut suffire. À l'autre, le chien qui sort en liberté, attrape des rongeurs, mange des charognes, fréquente des lieux collectifs ou vit avec de jeunes enfants relève d'un rythme mensuel.

Entre les deux, un traitement au moins quatre fois par an reste le repère le plus couramment retenu pour un chien de famille ordinaire. Et si vous préférez éviter les traitements systématiques, la coproscopie tous les trois mois est une alternative défendable : on ne traite alors que si le résultat est positif — à condition de la faire réellement, et de savoir qu'elle ne détecte pas tout.

Un point pratique souvent négligé : le vermifuge n'a aucun effet préventif. Il élimine les vers présents le jour où il est donné, et le chien peut se réinfester dès le lendemain. Compter sur le comprimé du mois de janvier pour protéger l'année entière n'a pas de sens.

5. Ce que votre famille risque vraiment

Deux zoonoses justifient à elles seules de prendre le sujet au sérieux. La première est la toxocarose : les œufs d'ascaris déposés dans l'herbe, le bac à sable ou le potager deviennent infestants après quelques semaines dans le milieu extérieur et restent viables très longtemps. Avalés accidentellement — mains portées à la bouche, légumes mal lavés —, ils libèrent des larves qui migrent dans l'organisme. Chez l'enfant, cette migration peut atteindre le foie, les poumons ou l'œil.

La seconde est l'échinococcose alvéolaire, plus rare mais grave et difficile à soigner. Le parasite, Echinococcus multilocularis, circule chez le renard ; le chien s'infeste en mangeant des campagnols ou des souris porteurs, puis émet des œufs dans ses crottes, qui peuvent se retrouver sur son pelage, dans le jardin ou sur des végétaux sauvages. En France, la zone à risque couvre approximativement la moitié nord du pays, avec une concentration en Bourgogne-Franche-Comté, dans le Grand Est et en Auvergne-Rhône-Alpes ; on y recense en moyenne autour de 25 cas humains par an sur la période 2006-2022. Dans ces régions, ESCCAP France recommande de vermifuger toutes les 3 à 4 semaines les chiens qui sortent en liberté et chassent.

Un détail capital sur ce point : un seul principe actif est réellement efficace contre l'échinocoque, et tous les vermifuges du commerce n'en contiennent pas. Un produit acheté sans conseil peut donc parfaitement traiter les ascaris tout en laissant le ténia le plus dangereux en place. C'est un argument sérieux pour choisir le vermifuge avec son vétérinaire plutôt qu'en rayon, en lui décrivant honnêtement le mode de vie du chien.

6. Les gestes qui limitent la contamination

Ramasser les crottes systématiquement, y compris dans son propre jardin, reste la mesure la plus efficace : les œufs deviennent dangereux après plusieurs jours ou semaines dans le milieu, pas immédiatement. Un ramassage quotidien casse le cycle avant qu'ils ne soient infestants.

Ajoutez le lavage des mains après avoir manipulé le chien ou jardiné, le lavage des légumes du potager et des fruits sauvages cueillis à hauteur d'homme dans les zones à échinocoque, et un traitement antipuces sérieux — indissociable de la lutte contre le ténia. Enfin, empêchez autant que possible votre chien de manger des rongeurs, des charognes ou les crottes des autres animaux, qui sont autant de portes d'entrée.

Un dernier conseil qui fait gagner du temps : si vous voyez un ver, photographiez-le ou gardez-le dans un petit contenant fermé. Un vétérinaire qui voit l'aspect exact du parasite oriente immédiatement le traitement, là où une description approximative laisse toujours planer un doute.

Quand faut-il vraiment s'inquiéter ?

Consultez un vétérinaire si vous observez l'un de ces signes :

  • Un chiot a le ventre gonflé et dur, maigrit ou grossit mal malgré un bon appétit.
  • Des vers ressemblant à des spaghettis apparaissent dans les selles ou les vomissements.
  • La diarrhée dure plus de 48 heures ou contient du sang ou du mucus.
  • Le chien vomit à répétition, est abattu ou a les gencives pâles (anémie possible).
  • Des segments blancs façon grains de riz collent au pelage autour de l'anus (ténia + puces).
  • Le chien vit avec de jeunes enfants ou une personne immunodéprimée et n'a jamais été vermifugé.
  • Vous habitez une région à échinocoque et votre chien chasse en liberté.

Questions fréquentes

Peut-on avoir des vers sans qu'ils soient visibles dans les selles ?

Oui, et c'est même la situation la plus courante. Les vers adultes restent accrochés à la paroi intestinale et n'apparaissent dans les selles que lors d'infestations massives ou après un traitement. Ce qui est excrété en permanence, ce sont des œufs microscopiques, invisibles à l'œil nu. Des crottes d'aspect parfaitement normal ne permettent donc jamais de conclure que le chien n'a pas de parasites : seule une coproscopie au microscope apporte une réponse fiable.

À quel âge vermifuger un chiot pour la première fois ?

À 2 semaines de vie, puis toutes les 2 semaines jusqu'à deux semaines après le sevrage, puis une fois par mois jusqu'à 6 mois. Ce démarrage très précoce s'explique par la transmission de l'ascaris à travers le placenta pendant la gestation : le chiot est déjà parasité à la naissance. Attendre le premier vaccin, vers 8 semaines, laisse au parasite plusieurs cycles complets pour se développer et contaminer l'environnement de la portée.

Le vermifuge protège-t-il pendant plusieurs mois ?

Non, et c'est un malentendu très répandu. Un vermifuge élimine les vers présents dans le tube digestif au moment où il est administré, puis il est éliminé de l'organisme en quelques jours. Le chien peut se réinfester dès la promenade suivante. La fréquence recommandée ne correspond donc pas à une durée de protection mais à un rythme choisi pour empêcher les parasites d'atteindre le stade où ils pondent, environ deux à trois semaines après l'infestation.

Mon chien se traîne le derrière par terre : est-ce à cause des vers ?

Rarement. Ce comportement, très souvent attribué aux vers, correspond dans la grande majorité des cas à un problème de glandes anales — deux petites poches situées de part et d'autre de l'anus qui se vident mal et provoquent une gêne. Le ténia peut y contribuer quand des anneaux migrent autour de l'anus, mais il ne représente qu'une minorité de situations. Un chien qui se traîne régulièrement mérite un examen des glandes anales avant tout.

Les vermifuges naturels comme l'ail ou la terre de diatomée fonctionnent-ils ?

Aucune de ces solutions n'a démontré d'efficacité pour éliminer les vers intestinaux du chien, et certaines posent un vrai problème de sécurité : l'ail, comme l'oignon, est toxique pour le chien et peut détruire ses globules rouges à dose répétée. Les utiliser revient à laisser le chien parasité tout en croyant l'avoir traité, ce qui est le pire des deux mondes quand des enfants vivent dans la maison. Les molécules vétérinaires sont, elles, très bien tolérées.

Faut-il vermifuger un chien qui ne sort jamais ou vit en appartement ?

Oui, mais moins souvent. Un chien d'appartement qui se promène en laisse en ville reste exposé : il renifle le sol, lèche ses pattes en rentrant, peut attraper des puces dans les parties communes et donc un ténia. Le risque est réel mais faible, ce qui justifie une à deux vermifugations par an chez un adulte à faible exposition. Le rythme monte dès qu'il y a un jardin, de jeunes enfants, la chasse aux rongeurs ou des contacts fréquents avec d'autres chiens.

En résumé

On ne sait pas si un chien a des vers en regardant ses crottes : la plupart des chiens parasités ont des selles d'aspect normal. Les vrais signaux sont ailleurs — un chiot au ventre ballonné et au poil terne, un adulte qui maigrit sans raison, une diarrhée qui traîne, des grains de riz autour de l'anus qui signent un ténia transmis par les puces. Parce que l'ascaris du chien passe par le placenta, la vermifugation commence à 2 semaines de vie et se poursuit tous les 15 jours jusqu'au sevrage, puis mensuellement jusqu'à 6 mois. Chez l'adulte, tout dépend du mode de vie : une à deux fois par an pour un chien d'appartement, tous les mois pour un chien qui chasse, avec un rythme de 3 à 4 semaines conseillé dans les régions à échinocoque. Le bon réflexe n'est pas d'acheter un vermifuge au hasard, mais de décrire à votre vétérinaire ce que fait vraiment votre chien de ses journées.

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